Zea mays

Photo Credit: Panacea Foods sur Flickr

Zea mays

La domestication d'une plante cultivée et les transposons

Source : tweets publiés sur le compte twitter @plantoscope, le 14.07.2017
Par « Le Plantoscope » - Modifié, illustré et commenté par l’auteur de cette page.

Une IRM végétale mystère

De quelle plante s’agit-il ?

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IRM végétale mystère - Crédit animation : par Andy Ellison, publié en juillet 2010 sur son blog → InsideInsides

Expérience - Le jour, Andy Ellison travaille comme technicien en imagerie dans un laboratoire de l’école médicale de l’Université de Boston. Mais lorsque l’appareil d’imagerie qu’il manipule au quotidien n’est pas occupé par un patient, Andy Ellison l’utilise de manière plus originale en y introduisant des fruits et des légumes.

Une démarche artistique - Cette idée pas si saugrenue que cela lui est venue lors d’une panne de l’appareil. Le technicien a alors recalibré son appareil en faisant des tests sur une orange plutôt que sur le cerveau d’un patient. Séduit par l’esthétique des images ainsi obtenues, Andy Ellison a alors renouvelé l’expérience avec d’autres fruits. Et le succès sur son blog a été immédiat.

Les images tridimentionnelles ainsi obtenues, il ne restait alors plus qu’à les transformer en « GIF animé » pour obtenir les spectaculaires séquences ci-dessus.

En savoir plus : Comment fonctionne une IRM ?
Vidéo de la chaîne Youtube de l’Université des Sciences en Ligne (Unisciel)

Zea mays

Le maïs de la famille des Poacées est la plante la plus cultivée au monde, devant le blé et le riz.

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Figure 1 : Zea mays - Crédit illustration : par Franz Eugen Köhler, publiée en 1887 dans l'atlas Köhler's Medizinal-Pflanzen, volume3 - Utilisée par Wikipédia.

L’exemple de la domestication des plantes

La téosinte, l’ancêtre du maïs, est cultivée depuis près de 9000 ans.

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Figure 2 : la téosinte dans le jardin ethnobotanique de Oaxaca, un état du Mexique - Crédit photo : © Bernardo Bolaños

A lire : Des OGM qui se muent en espèces invasives en Espagne ?
Un article, publié le 6 mars 2016 sur le site « Le Nouveau Paradigme » qui montre bien la parenté étroite entre la téosinte et le maïs, susceptibles de se croiser et de produire des descendants communs.

L’origine

Originaire d’Amérique centrale, le maïs est cultivé par les Aztèques depuis des millénaires et n’arrive en Europe qu’avec Christophe Colomb.

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Figure 3 : des paysans aztèques emmagasinant la récolte de maïs - Crédit illustration : utilisée par Peter Isotalo.

Le dieu du maïs

Les Aztèques ont même un dieu du maïs, Centeotl.

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Figure 4 : le dieu aztèque Centeotl - Crédit illustration : représentation du 16e siècle, par auteur inconnu.

Dans les mythologies mésoaméricaines, Centeotl (parfois appelé Centeocihuatl ou Cinteotl) était un dieu du maïs (mais originellement une déesse). Son nom signifie littéralement « dieu du maïs » : en nahuatl, langue des Aztèques, « centli » signifie maïs et « teotl » dieu.

Il était le fils de Tlazolteotl et le mari de Xochiquetzal. Centeotl était aussi la version masculine de Chicomecoatl. Ce dieu passait pour être une divinité duelle, homme et femme à la fois.

D’après la cosmogonie nahua, c’est-à-dire de la mythologie mexica, il naquit de l’union de Piltzintecuhtli et de Tlazolteotl. Après sa naissance, Centeotl se réfugia sous la terre.

Le grain de maïs

Le maïs tel qu’il est actuellement a été sélectionné pour ses nombreux grains, très riches en amidon.

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Figure 5 : coupe schématique d'un grain de maïs - Crédit photo : source inconnue, utilisée par Abrahami sur Wikipédia.

Une précision de vocabulaire

Le terme technique pour désigner un grain sec comme le maïs, soudé via son enveloppe (ou tégument) est un caryopse.

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Figure 6 : coupe transversale d'un épi de maïs avec ses caryopses - Crédit photo : cliché personnel, utilisé par Spedona sur Wikipédia.

L’amidon contenu dans un grain

On estime que le gène SU1, codant pour la protéine responsable de la transformation du glucose (C6H12O6) en amidon (C6H10O5)n date d’il y a 5300 ans.

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Figure 7 : formule de l'amidon, un polymère de molécules de glucose. Une association de chaînes d'amylose et d'amylopectine avec présence de liaisons α(1→4) et de liaisons α(1→6) - Crédit schéma : © Laranounette

En complément : voir les aires de jeux moléculaires associant des modèles en 3D de l’amidon et l’utilisation du réactif iodo-ioduré (ou lugol = eau iodée)
1 - le complexe iode et amidon ;
2 - la réaction au lugol

Avertissement : sur certaines des pages proposées en lien, selon le matériel informatique dont vous disposez et la connexion internet mise à disposition, attendre un instant avant le chargement du modèle et/ou le lancement de certains scripts.

Les mutations génétiques

C’est un exemple de la façon avec laquelle la sélection peut affecter les caractéristiques d’une espèce.

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Figure 8 : la sélection des caractéristiques d'une espèce : téosinte versus maïs moderne - Crédit photo : inconnu

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Figure 9 : parlons sexualité du maïs - Crédit photo : gif animé

Rien de nouveau

Tout cela, vous le saviez à peu près tous depuis que vous avez eu un cours de SVT.

Alors parlons sexualité du maïs.



Des fleurs unisexuées

Peut-être l’ignoriez vous, mais les fleurs sont unisexuées, séparées sur le pied de maïs et arrivent à maturité à des moments différents.

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Figure 10 : croissance et développement du maïs - Crédit photo : ARVALIS - Institut du végétal

La plante est « monoïque ». Ceci permet de limiter l’autofécondation et d’assurer un meilleur brassage génétique.

Le panicule (♂)

Les fleurs mâles (♂) sont regroupées tout en haut du pied, dans une inflorescence que l’on appelle le « panicule » et vont libérer le pollen.

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Figure 11 : 60 à 95 jours après le semis, le panicule (inflorescence ♂) apparaît au sommet du plant de maïs - Crédit photo : utilisée par Spedona sur Wikipédia.

Les soies (♀)

Les fleurs femelles (♀), sont des « soies », chargées de capturer les grains de pollen disséminés par le vent.

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Figure 12 : les soies (inflorescences ♀) apparaissent et sont prêtes pour la fécondation 5 à 8 jours après l'apparition des fleurs mâles (panicules) - Crédit photo : © Forest & Kim Starr.

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Figure 13 : couic ! - Crédit photo : gif animé

Couic

Pour être sûr d’éviter à 100% l’autofécondation, on peut castrer le plant de maïs en lui coupant le panicule.



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Figure 14 : mais bon... - Crédit photo : gif animé

Mais bon

En fait vous parler du maïs, c’était surtout une occasion de vous parler de biologie moléculaire.




Une scientifique à l’honneur

Barbara McClintock : une biologiste qui a passé toute sa vie à étudier la génétique du maïs.

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Figure 15 : Barbara McClintock dans son laboratoire en 1947 - Crédit photo : © Smithsonian Institution /Science Service ; restored by Adam Cuerden - Sourcesur Flickr - Barbara McClintock (1902-1992)

Le brassage intrachromosomique

Pionnière dans ce domaine, elle est la première à décrire la recombinaison des chromosomes lors de la méiose en 1930.

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Figure 16 : le brassage intrachromosomique au cours de la méiose - Crédit photo : gif animé

Les variations de couleurs des grains de maïs

C’est aussi la seule à comprendre pourquoi les grains de maïs subissent des variations de couleurs.

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Figure 17 : des grains de maïs aux couleurs variées - Crédit photo : source inconnue, utilisée par Asbestos sur Wikipédia.

Dans les années 40, elle conceptualise la notion d’éléments génétiques mobiles, capables de « sauter » et de perturber l’expression des gènes.

Tout cela bien avant que Francis Crick ne formule le « dogme » de la biologie moléculaire en 1958 : « ADN > ARN > protéine ».

Historique - En 1951, la biologiste Barbara Mac Clintock, travaillant sur le maïs, observe des résultats qu’elle ne peut expliquer avec la génétique mendélienne classique ; elle démontre qu’ils sont dus à des déplacements spontanés de fragments d’ADN dans le génome.

Ces résultats - à l’encontre du dogme de la stabilité du génome - laissèrent sceptiques la plupart de ses collègues.

A partir de 1970, des éléments mobiles furent trouvés chez les eubactéries puis chez toutes les espèces où ont les a recherchés (eucaryotes, eubactéries, virus).

Le prix Nobel

Au final, on ne comprend l’importance de ses travaux que dans les années 60, et elle reçoit un prix Nobel (amplement mérité) en 1983.

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Figure 18 : Barbara McClintock reçut en 1983 le prix Nobel pour la découverte des transposons chez le maïs - Crédit photo : © Getty Images, par Bernard Gotfryd.

Les transposons

Définition - On nomme transposons ou « éléments génétiques mobiles » ou « gènes sauteurs » des segments d’ADN capables de sauter d’un endroit à un autre du génome en s’insérant n’importe où, y compris dans des gènes dont ils modifient le fonctionnement.

On sait désormais que les éléments génétiques mobiles (ou transposons) se déplacent effectivement de façon autonome, de plusieurs façons, dans un génome.

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Figure 19 : schémas des deux mécanismes de transposition, couper/coller (1 - cut and paste) et copier/coller (2 - copy and paste) - Source photo : www.broadinstitute.org

La transposition, un mécanisme d’acquisition d’un nombre variable de copies (CNV)
La transposition est un mécanisme qui permet à une séquence d’ADN, nommée transposon, de se déplacer et de se multiplier de manière autonome dans un génome.

→ Elle s’effectue de deux façons :

  • en excisant un fragment d’ADN puis en le recollant en un autre endroit du génome (couper/coller, cut and paste). Les éléments de cette classe représentent environ 2% à 3% du génome humain.
  • en copiant un fragment d’ADN en ARN, lui-même rétrotranscrit en ADN, avant sa réinsertion en un autre endroit du génome (copier/coller, copy and paste). Les éléments de cette classe représentent plus de 40 % du génome humain.

→ De façon générale, les transposons représentent 17 % du génome chez Arabidopsis thaliana, 18 % chez Drosophilia melanogaster, 45 à 50 % chez l’humain, 50 % chez Zea mays.

En savoir plus : les transposons et l’évolution des génomes

La transposase et la transposition d’éléments mobiles

De façon simple : une protéine, la transposase est capable de reconnaître les séquences d’ADN transposables.

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Figure 20 : la transposase - Crédit animation : © Oxford Academic (Oxford University Press)

D’en rapprocher les extrémités…

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Figure 21 : le rapprochement des extrémités d'ADN transposables
Crédit animation : © Oxford Academic (Oxford University Press)

De couper la séquence transposable, laissant derrière des cassures double brin qui vont être réparées par la cellule…

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Figure 22 : la séquence D'ADN transposable est coupée - Crédit animation : © Oxford Academic (Oxford University Press)

Puis finalement d’intégrer cette séquence à un autre endroit. Si cet autre endroit est un gène, cela peut perturber son expression.

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Figure 23 : intégration de la séquence D'ADN transposable à un autre endroit - Crédit animation : © Oxford Academic (Oxford University Press)

Source des animations moléculaires du mécanisme de transposition : gifs animés extraits de : « DNA cut-and-paste transposition » - Voir la vidéo complète sur la chaîne YouTube Oxford Academic (Oxford University Press) - Version anglaise.

La conséquence de la transposition du gène responsable de la couleur des grains

Suite à une transposition, dans le cas d’un gène impliqué dans la coloration des grains de maïs, on peut se retrouver avec des zones qui ne produisent plus de pigment.

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Figure 24 : la pigmentation de certains grains de maïs (dits « Hopi Blue ») peut être modifiée par l'action de transposons - Crédit photo : utilisée par Abrahami sur Wikipédia.

Rétrospectivement

Ca a l’air trivial en 2017, mais Barbara McClintock avait déjà compris tout cela il y a 80 ans avec presque juste du maïs et un microscope.

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Figure 25 : le microscope de Barbara McClintock et des épis de maïs à l'exposition du National Museum of Natural History - Crédit photo : © Smithsonian Institution - National Museum of American HistorySources complètes de la photo

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Figure 26 : merci et chapeau l'artiste ! - Crédit photo : gif animé

Remerciements

Alors on dit merci le maïs et chapeau l’artiste !






Ressources complémentaires

Sitographie

Bibliographie

  • Un ouvrage intitulé « Les Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple du maïs », dresse un portrait détaillé de la relation particulière entretenue depuis le fond des âges avec cette plante qui a failli disparaître de notre alimentation avec l’arrivée des français sur le continent américain.
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